Le fumet fusillé du Pouilly-Fumé

A celles et ceux qui se demanderaient pourquoi l’appellation Pouilly-Fumé a pris ce nom, la réponse est en partie dans le titre.

L’arôme si particulier de pierre à fusil dégagé par le Pouilly-Fumé (enfin la plupart), ainsi que la pruine grise qui recouvre les grains de sauvignon arrivés à maturité, sont à l’origine de la dénomination, reconnue appellation en 1937.
Mais ce n’est pas le seul arôme évidemment, et il ne se dégage pas de tous les Pouilly bien qu’il en soit la caractéristique. Des notes de fruits, allant du cassis aux fruits exotiques (passion, litchi) en passant par les agrumes qui eux se retrouvent dans tous les Pouilly, mais aussi des notes florales (acacia, buis, narcisses, lys, tubéreuses…) et végétales.
Le Pouilly-Fumé est donc exclusivement un vin blanc, produit dans la Nièvre mais appartenant à la région viticole du Val de Loire, sur les communes de Saint-Andelain, Tracy-sur-Loire, Mesves-sur-Loire, Garchy, Saint-Martin-sur-Nohain et Saint-Laurent-l’Abbaye, et surtout Pouilly-sur-Loire (qui partage son aire entre l’appellation Pouilly-Fumé et Pouilly-sur-Loire, l’encépagement de cette dernière étant majoritairement composée de Chasselas).

Les Romains, qui savaient s’amuser autant que coloniser, en ont fait un vignoble qui depuis n’a cessé d’exister. Mais bénis soient les moines bénédictins qui le développèrent considérablement, car malgré tout le vin de messe ne tombant pas du ciel et le miracle de la transformation s’étant fait porter pâle depuis un bout de temps, il fallait bien mettre quelque chose dans le calice, et si possible de pas trop coloré pour ne pas tâcher, l’accident pouvant arriver à cette époque plus vite que le lave-linge.
Quelques siècles plus tard, l’œcuménisme prit une forme moins cléricale, et le phylloxéra n’oublia personne quand il vint coloniser le vignoble français au 19è siècle, anéantissant le vignoble de Pouilly. Les vignes furent arrachées, puis replantées en partie sur des porte-greffes américains.

Depuis, tout va plutôt bien, merci.

Plusieurs types de sols se partagent le vignoble, donnant des caractéristiques différentes à chaque vin qui en est issu.

  • les sols calcaires (ou « caillottes »), du Barrois ou du Villiers: sols sédimentaires à plus (Barrois) ou moins (Villiers) gros cailloux, bordent l’appellation sur les côtés ouest (Barrois) et est (l’autre).
    La maturation est plus précoce, et les vins seront frais et nerveux, avec des arômes de cassis et de buis s’épanouissant dès la prime jeunesse.
  • les sols marneux à petites huîtres: ce type de sol ralentit le cycle végétatif de la vigne, qui devient sensible aux variations de climat. Ces sols, à bonne maturité du raisin, produisent des vins de garde, qui présenteront des notes florales, fruitées, ainsi que  les fameux arômes de fumé.
  • les sols composés de silex:  ils donnent des vins d’une grande nervosité, assez fermés dans leur jeunesse. Après quelque temps de bouteille, leurs arômes dégagent des notes d’épices et de pierre à fusil. Ils atteignent souvent leur pleine maturité à partir de deux ans, voire plus.
    On retrouve ces sols sur les points hauts de la butte de Saint-Andelain, de Saint-Laurent et sur les coteaux de Tracy.

                                                    Je mange quoi avec ça?

C’est blanc, c’est de la Loire, c’est du sauvignon, ça s’accorde donc avec du poisson, me direz-vous.

Oui.
Vive les mariages avec la chair tendre, fine et savoureuse de la sole que le Pouilly tonifiera sans la malmener (à condition qu’elle ne soit pas en sauce); le saumon fumé dont la chair grasse et fine sera rehaussée par la tension et les arômes riches du Pouilly; le waterzoï
Bienvenue également à toute la bande à Brigitte : coquillages et crustacés (crabe, homard, langouste, huître, moules, palourdes, noix de Saint-Jacques) seront d’humeur conjugale en compagnie du Pouilly.
Idem pour les cuisses de grenouille avec un beurre parfumé, dont la nervosité et la tension de certains Pouilly allègeront et tonifieront le gras du plat, sans contrevenir à la finesse de la chair de grenouille.

Même son de cloche avec les volailles en crème.
Et plus originale mais non moins savoureuse, l’association avec de la charcuterie fine ne manque pas de charme.

Côté fromage, le Pouilly s’accordera sans problème avec des fromages de chèvre (crottin de Chavignol, chèvre de Sainte-Maure).

La dégustation, et le podium

nouvelle-image

Juste un petit préambule avant d’attaquer le coeur du sujet.
Les dégustations relatées sur ce blog ont lieu environ une fois par mois, entre amateurs éclairés, et elles se cantonnent à une appellation, avec toute la diversité de terroirs et de micro-climats que celle-ci peut contenir, et en plus avec des millésimes différents. D’un pur point de vue de l’orthodoxie, ces dégustations ont l’avantage comme l’inconvénient de comparer parfois ce qui ne l’est pas toujours.
Celles-ci n’ont rien de professionnel, et les articles qui les relatent ont principalement pour vocation d’aiguiller les amateurs vers un choix de bouteille à réclamer au caviste et/ou de briller un peu lors du prochain dîner en ville, avec quelques connaissances glanées ça et là.

On attaque cette soirée avec le domaine Tinel-Blondelet et « l’Arrêt Buffatte », en 2015.tinelLe nez est fidèle à ce que l’on attend d’un Pouilly: agrumes, minéralité et faîcheur, avec un deuxième nez sur le cassis.
En bouche l’attaque est douce, cohérente avec les arômes d’agrumes, maintenus dans une rondeur et une ampleur intéressante.
L’ensemble est équilibré avec une tension présente mais pas envahissante, présentant une longueur agréable.

Marc Deschamps prend la suite avec « Les champs de Cri » en 2015 également, et nous offre un nez typique du sauvignon, plus axé sur le pamplemousse encore que le précédent, mais légèrement moins complexe. deschamps
L’attaque est fraîche, relayée par une matière certaine, le gras est présent, et il manque peut-être un peu de tension pour éviter que le tout se traîne légèrement. La longueur est agréable, et la finale légèrement amère.

dagueneau

Arrive Jean-Claude Dagueneau et le domaine des Berthiers, en 2014.
Même type d’arômes que les précédents, on sait où on se trouve. Agrumes et minéralité, avec la pierre à fusil qui fait une franche apparition et prend le pas sur les autres.
L’attaque est toujours fraîche sur des arômes nets et puissant, soutenus par une jolie acidité, mais qui ne permet pas de garder une longueur que l’on aurait aimé plus importante, surtout pour faire perdurer la finale agrumée et légèrement florale de ce vin.

Joseph Mellot enchaîne avec « Le Troncsec » en 2014.
Assez séduisant avec un nez plus rond que les autres, il nous a plutôt déçu en bouche avec une certaine absence de matière et un côté aqueux, doublé d’arômes assez fades.
A essayer sur une autre bouteille, un autre millésime, pour confirmer ou infirmer…

Le domaine Didier Dagueneau fait suite à Jean-Claude et ses Berthiers, en 2011, avec la cuvée « Pur-Sang ».
Le côté lacté du nez ne m’emballe pas, le terroir et la typicité du sauvignon ne nous saute pas au nez, or pour le prix de la bouteille, nous aurions souhaité prendre un peu plus de plaisir à déguster cette bouteille.
Recommandée par Olivier Poussier dans un article publié dans la Revue du France, elle doit mériter d’y revenir pour là aussi infirmer ou confirmer cet essai malheureux, mais ce soir-là, le pur-sang ne sortira même pas de l’écurie en prenant la dernière place.

masson-blondelet

« Les Angelots » du domaine Masson-Blondelet en 2008 relayent la note christique qui plane au-dessus de cet article en nous offrant le nez le plus tranché et le plus surprenant de la soirée, totalement axé sur la truffe blanche.
Cela ne suffit pas à me faire voyager, la complexité aromatique n’étant pas au rendez-vous passé l’effet de surprise, et si la bouche est cohérente avec le nez, la fin se révèle assez plate et la longueur limitée.

Ce qui ne sera pas le cas du dernier compétiteur, à savoir le domaine Nérot, sur un millésime 2001, qui présente dès l’attaque une acidité marquée, qui se maintient et permet d’offrir une longueur agréable.
Le nez se structure principalement autour de fruits compotés, plaisant également.nerot

Contrairement à d’autres dégustations, où nous tombons tous relativement d’accord sur notre classement, cette soirée fut le théâtre de plusieurs divergences, notamment entre les jeunes et les vieux (vins, pas compétiteurs… Quoique ;))
Le vainqueur sera Marc Deschamps, suivi de Jean-Claude Dagueneau, et du domaine Masson-Blondelet.
Je n’avais pas gardé Masson-Blondelet dans mon trio, mais Tinel-Blondelet.

A vous de juger, maintenant!

Enregistrer

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s