Prenons-nous pour Napoléon, et du Gevrey-Chambertin, dégustons!

Difficile d’introduire une appellation aussi évocatrice que celle de Gevrey-Chambertin, appartenant à la région viticole de la Côte de Nuits.

Son nom, aussi aristocratique qu’est poétique celui de la Côte de Nuits, résonne dans l’âme chauvine de beaucoup de Français et/ou dans l’âme des amoureux du vin, comme un symbole du patrimoine viticole bourguignon, un terroir de tradition, de prestige, d’histoire, et de valeur(s), que l’on connaisse intimement cette appellation ou non.

A elle seule, elle comprend 9 des 32 grands crus qui composent l’ensemble de la Bourgogne viticole…

Napoléon ne s’y était pas trompé, puisqu’il ne jurait que par les vins de Chambertin, la seule infidélité qu’il s’accordait étant pour une coupe de champagne de temps à autre (dur).

La renommée de Gevrey-Chambertin dépasse largement nos frontières, et ce n’est pas nouveau. En témoigne l’acquisition en 2012 du château de Gevrey, ainsi que son vignoble, par le dénommé Louis Ng Chi Sing, propriétaire de salles de jeux à Macao, qui a remporté la mise aux enchères pour 8 millions d’euros, selon la bonne vieille règle de la vente au plus offrant.
Des viticulteurs locaux en proposaient 5 millions, après un refus à 4, or les propriétaires en voulaient 7, alors parti à 8…, ça ne se refuse pas.
N’en déplaise au goût de certains, qui estiment que notre patrimoine foutrait un peu trop le camp hors de France, sans que l’on ait à l’y bouter…

La commune de Gevrey a ajouté à son nom celui de son meilleur cru (Chambertin).
La notoriété n’a pas fait rêvé que la commune, et d’autres terroirs se sont appropriés ce nom mythique (Charmes, Chapelle etc). Mais seuls les grands crus Chambertin et Chambertin-Clos-de-Bèze ont pu garder le nom de Chambertin en solo, ou en premier dans le nom.

Elle a été légalement crée par un décret de 1936, bien que l’aire actuelle soit cultivée depuis l’antiquité, et Gevrey-Chambertin remporte la prime d’ancienneté sur ses consoeurs bourguignonnes, puisque c’est là qu’ont été retrouvées les plus anciennes vignes, datant du 1er siècle avant notre ère. Si à l’époque, elles étaient plantées en rang comme aujourd’hui, elles ne l’étaient pas sur les mêmes terroirs : la plaine était privilégiée aux coteaux.

Aujourd’hui, l’appellation, située entre Marsannay et Fixin et adossée à la combe Lavaux et se répartissant sur 550 hectares, se partage entre les appellations communales (situées entre 240 et 280m de hauteur), et les premiers et grands crus, occupant la partie haute de la Grande Côte, entre 260 et 320m.

La dégustation de ce soir concernait uniquement les premiers crus, qui n’auront pas pu être tous représentés.

26 climats sont classés en premier crus :

  • La Bossière
  • La Romanée
  • Poissenot
  • Estournelles-Saint-Jacques
  • Les Cazetiers
  • Clos du Chapitre
  • Clos Saint-Jacques
  • Champeaux
  • Petits Cazetiers
  • Combe aux Moines
  • Les Goulots
  • Les Combottes
  • Bel Air
  • Cherbaude
  • Petite Chapelle
  • Clos Prieur
  • La Perrière
  • Au Closeau
  • Issarts
  • Les Corbeaux
  • Craipillot
  • Fonteny
  • En Ergot
  • Champonnet
  • Lavaux Saint-Jacques

                                                                          La dégustation

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On attaque la soirée avec le Fontenay de Pierre Naigeon, en 2012.
Le nez se présente plutôt frais, axé sur des arômes de fraise et de sous-bois.
La bouche est tendue mais d’une tension qui bascule dans la dureté, sans grande complexité aromatique, malgré une longueur sur un fruit que nous n’avions pas forcément décelé au nez, mais au final seule l’acidité gagne vraiment la partie.
Si ce vin est plutôt bien construit, il n’est pas pour autant complètement « en place ».

On poursuit avec le même vigneron mais sur le cru Lavaux Saint-Jacques, en 2011.
Ce terroir est légèrement plus froid que le précédent, et on retrouve au nez un vin qui pinote, avec des arômes de sous-bois plus marqués que le précédent tout en présentant un bouquet de fruits rouges présents sans être envahissant. Le nez est assez rond et dénote une jolie plénitude, quand l’attaque en bouche se fait soyeuse et douce, avec une belle amplitude.
La tension est intéressante et permet de maintenir une longueur plaisante, doublée d’une finale sur le fruit qui reste cohérente avec le terroir.

Le domaine Trapet prend la suite, sur la Petite Chapelle, en 2011, et annonce la couleur avec un nez complexe, puissant et très aromatique, composé de sous-bois, réglisse, fruits rouges et des notes végétales agréables.
La bouche se révèle aussi plaisante que le nez, avec une attaque très fraîche et soyeuse tout en présentant une belle tension, avec des tanins fondus et des arômes prédominants de fruits rouges, notamment de framboise. Son seul défaut est de tenir un peu moins la longueur que les autres, mais l’ensemble fait qu’il atteindra sans difficulté la 3è place du classement de la soirée.

Sylvie Esmonin entre en piste avec son Clos Saint-Jacques de 2011, nous offrant un nez de « terre » très caractéristique (après un premier nez noisetté). L’attaque est fraîche et les tanins encore présents laissent présager une belle évolution :une fois fondus, le plaisir devrait être indiscutable.
La tension est parfaite, la longueur au rendez-vous et concentrée sur ces arômes de terre, en parfaite et plaisante cohérence avec le nez.
Ce vin se classera deuxième, à la quasi-unanimité.

Georges Linier sur Les Combottes en 2008 arrive ensuite. Le nez est ce que nous appelons entre nous un nez « de parfum », où l’on se croirait presque chez Sephora plutôt que dans els vignobles. Non pas que cela soit nécessairement désagréable, mais ce n’est pour autant pas ce que nous préférons retrouver.
L’attaque est chaude et la bouche un peu trop sur l’acidité, avec une finale sur le fruit acidulé.

Vient ensuite le domaine Michel Magnien, sur le cru des Goulots, en 2006. La tension est agréable et les tanins soyeux, et l’équilibre global est bon, malgré peut-être un relatif manque de complexité.

Le Clos Prieur fait son apparition avec le domaine Rossignol Trapet en 2006, mais un défaut que nous n’avons pas réussi à identifier à l’unanimité (bouchon pour les uns, acétate pour les autres), nous a empêché de l’apprécier pleinement, malgré une bonne structure globale.

Retour sur le cru de Lavaux Saint-Jacques avec la version du domaine Harmand-Geoffroy, en 2004.
Un joli nez fumé, tendu et aromatique nous plait beaucoup, tension que l’on retrouve en bouche mais qui est à la limite de la rusticité.
La longueur est tout à fait satisfaisante et les tanins encore étonnamment présents pour son âge.
Il aurait presque pu remporter les 3è place, mais cela se sera joué à très peu avec le domaine Trapet (étant entendu que la limite de l’exercice réside dans la comparaison de différents premiers crus….).

Enfin, Sylvie Esmonin clôt le bal avec un autre Clos Saint-Jacques de 2001,e t c’est définitivement elle qui remportera la première place de la soirée.
Le nez est magnifique, avec une légère pointe réglissée et d’une complexité très séduisante.
Ce vin, comme le précédent, a du caractère et c’est précisément ce qui nous a charmés, avec des arômes de fruits (rouges bien sûr) évidents mais jamais pesants.

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Pour résumer
Il faut quand même souligner le fait que malgré la restriction à des premiers crus de l’appellation, la dégustation a révélé des choses assez différentes, et nous n’étions pas sur une cohérence que nous avons parfois.

Les millésimes étaient également allongés sur la durée, et tous les crus n’ont pas été représentés.

Cela s’explique aussi dans la mesure où, comme à l’accoutumée lorsqu’il s’agit de Bourgogne, les prix élevés des bouteilles ne favorisent la possession de tels flacons ou leur ouverture aussi aisée que sur des appellations moins dispendieuses.

                                                                Avec quoi je le bois ?

Ou selon son degré d’élégance, avec quoi je l’accompagne… question de point de vue.

On ne le répètera jamais assez mais puisqu’il paraît que la répétition est la base de la pédagogie… On se marie de préférence dans la paroisse.
Les mets locaux auront donc le droit de primauté, sachant qu’une petite régénération hors des frontières du village est parfois conseillée.

Globalement, le Gevrey-Chambertin présentant des vins fins et élégants, sur des arômes fruités et floraux, s’agrémentant le temps passant d’arômes de réglisse, de cuir et de sous-bois, ses partenaires pourront aussi bien être du gibier (une fois que le vin aura acquis une certaine maturité), que des entrées composées de foie gras, et bien évidemment des plats à base de champignons.

Ainsi, en entrée, les divers pâtés de campagne aux cèpes, de foie de canard, les omelettes aux champignons, les œufs brouillés aux morilles, constitueront un accord normalement réussi.

Suivront bien évidemment les très locaux bœufs bourguignons, fondue bourguignonne, queue de boeuf vigneronne, mais aussi coq au vin, poulet aux champignons, lapin rôti aux trompettes de la mort, et les classiques du gibier : bécasse rôtie, chevreuil grand veneur, pâté de perdreaux, etc.

Dans tous les cas il reste préférable que le viande ne soit pas excessivement cuite, notamment pour le bœuf et quand bien même il sera souvent accompagné d’une sauce, et surtout si les vins ne sont pas très évolués et donc présenteront des tanins encore marqués, qui seront durcis par une cuisson trop avancée.

J’avoue ne pas encore avoir testé l’association fromagère, mais la littérature sur le sujet ne semble pas hostile à des mariages de caractère, notamment avec l’époisses ou le maroilles.

Ne pouvant confirmer pour l’heure, je ne me hasarderais pas à affirmer que le couple fonctionne, mais n’hésitez pas à laisser vos commentaires sur le sujet si vous avez déjà été témoin de l’union !

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