Morgon: morbleu, déception!

Il y a quelques semaines, je gardais en short list pour mon sujet de mémoire de fin d’études à l’université du vin de Suze-la-Rousse, « la valorisation des crus du Beaujolais ».

J’en suis en effet aussi friande que ces vins peuvent parfois l’être, et me réjouissais par avance de cette dégustation programmée de Morgon.

L’un des plus fameux crus du Beaujolais, parmi les rares offrant un fort potentiel de garde, le plus vaste après Brouilly, situé autour de la commune de Villié-Morgon, et entre les appellations Régnié, Chiroubles et Fleurie, et présentant l’originalité d’avoir 6 climats distincts.
Son originalité climatique se retrouve naturellement en  bouteille, et c’est ainsi le seul cru qui peut se targuer de bénéficier d’un mot qui lui est propre, qui décrivent ses qualités organoleptiques lorsqu’il atteint son apogée: on dit alors de ces vins qu’ils « morgonnent ». En clair: ils développent des arômes de fruits à noyaux, de prune et surtout de kirsch, sur un structure puissante et charpentée, et exprime pleinement les qualités du terroir.

Les vins morgonnent, mais nous ce soir-là, on bougonne.
En tous cas pour cette dégustation, car nous avons tous, à l’origine, une appétance certaine pour le Beaujolais et ce cru en particulier.

On démarre avec le domaine Aujorgue, sur un millésime jeune (2014).
Le nez est sur les fruits rouges et plus particulièrement la fraise; la bouche est souple et présente peu d’acidité, mais elle ne contient… rien du tout.
Les experts du groupe suspectent rapidement une thermovinification, notamment en raison de la couleur du vin, plus proche d’un Languedoc que d’un Beaujolais…
Nous n’avons pas poussé l’enquête, mais nous attribuerons notre note étalon pour la suite de la soirée à un petit 10 (d’autant plus que la bouteille se vend à 11€).

Le domaine des Souchons prend la suite, sur un même millésime, et nous offre un nez davantage précis, moins sirupeux.
La bouche est fraîche mais les tanins sont plutôt raides, secs, avec l’impression de boire la rafle, ce qui contraste avec le nez fruité, et qui donne une impression de fermeture, nous privant ainsi d’une certaine gouleyance, au profit d’une structure plutôt squelettique.souchons
La bouteille se vend au même prix que la précédente, mais gagnera un petit point qui égalisera sa note avec son prix.

 

 

 

foillardLe domaine Jean Foillard, Côte de Py 2013, monte elle aussi d’un petit cran.
La bouche fraîche se structure joliment sur des tanins présents mais légèrement asséchants, et est dotée d’arômes de fruits que nous sommes contents de pouvoir enfin deviner du bout de la langue.
La trame de fruit, et notamment de framboise, sera le lien entre nez et bouche, et notamment sur la longueur: la finale en bouche sera vraiment portée sur cette framboise alors que le nez oubliera les notes végétales et de champignons qu’il présentait en première approche.
Hélas, un départ de brett est pointé du doigt, et pour une bouteille tournant autour d’une vingtaine d’euros, en plus de l’écurie, ça sent un peu le sapin pour cette bouteille (qui décroche quand même un 12 pour ses qualités un peu supérieures aux précédentes.

Un petit cran de plus pour une bouteille du même domaine mais de 2010, qui au moins ne dément pas le potentiel de garde du Morgon.
Voici les propos d’Emmanuel Delmas, sommelier (qui tient un excellent blog que je vous conseille également: http://www.sommelier-vins.com/), concernant ce même vin et même millésime mais dégusté en 2011:
« Nez éclatant de cerise noire, baies sauvages, touche florale oscillant entre violette et lys à l’aération.
Bouche friande de fruits et de fines épices. Finale juteuse de belle tension fraiche, très gamay, à la finale enlevée soulignant de fins tanins. Bien salivant.  A ce stade bien que juvénile, le vin s’offre sous son fruit éclatant et quelques épices. Bien que les tanins se révèlent présents ils restent raffinés. Mériterait d’être attendu 3/4 années afin d’offrir toute sa subtilité. »
Ca fait une moyenne…

 

thaddeus On enchaîne avec le Thaddeus des vignobles Bodillard, en 2012, qui nous surprend immédiatement avec une bouche amylique très marquée, sur un arôme de fraise, ainsi qu’une réduction qui n’apparaît pas du tout au nez.
Si on aime les bonbons aux fruits, alors cette bouteille peut séduire.

Le vin suivant va entraîner un schisme autour de la table.
Les pro nectar de Georges Descombes (2012) Vieilles Vignes, souligneront un vin aromatique mais plus sur l’austérité que sur le plaisir, avec l’avantage d’une belle fraîcheur.
Les autres déploreront un premier nez oxydé, qui même s’il s’envolera avec les minutes, ne suffira pas à mettre pas en valeur la bouche qui reste austère.
Il emportera la troisième place du podium, malgré les désaccords.

 

Arrive celui qui prendra la tête du classement général: Dominique Piron, Côte de Py 2009.
La structure est plaisante et on notera une présence alcoolique marquée pour du Gamay (13,5%).Il présente déjà une certaine évolution et le bois est présent.piron
Ses arômes, son évolution et sa structure lui donne un avantage sur ses concurrents.

 

 

Arrivent Bernard et Ludovic Mathon, avec la cuvée prestige de 2007 du domaine de Roche Saint-Jean, qui se place en deuxième position, avec un Morgon centré sur une bouche très fruitée tirant sur la fraise, comparable au Thaddeus mais sans le défaut d’amylique, et un nez franc et aromatique (mais une présence alcoolique un peu trop prononcée à mon goût).mathon

Enfin, on termine avec Pauline Gouedard-Comte et son domaine de l’Evêque de 1998. Et on doit lui reconnaître qu’il a su tenir la distance, le potentiel de garde du Morgon est ici réalisé.
evêquePour ma part ce fut mon préféré, mais ce ne sera pas le cas de mes coreligionnaires, qui ne le placeront pas dans le trio de tête.

 

 

 

 

                                           Quand tout va bien, je mange quoi avec ça?

On est dans le Beaujolais, et le Beaujolais, c’est le troisième fleuve qui arrose Lyon.
Et Lyon, c’est la capitale des gaules, pour qui la charcuterie et la cochonnaille en général n’est pas qu’un concept.

Toutefois, le Morgon étant l’un des crus les plus puissants, la charcuterie n’est pas la première option à retenir pour un mariage réussi.
Une cuisine généreuse et familiale, comme celle servie pas les mères lyonnaises dans les bouchons, est tout à fait indiquée.
Petit salé, carré de veau et sur l’évolution du vin une filet de boeuf saignant, sont des partenaires idéaux.
Et certains Morgon s’entendront extrêmement bien avec des poissons, lorsque le vin est assez évolué, et les tanins fondus, alliés à une structure assez riche.

Et une petit dédicace pour la route à un Morgon non dégusté lors de cette soirée mais lors du salon du deux-roues: le Morgon de Jacky Grolet, motard de course, restaurateur et vigneron.
Et qui donne envie de reprendre de la balade à casque dans les reliefs beaujolais pour aller déposer un bonjour!

cuvée racer

 

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